CAMION

Il y a des dizaines d’années le Sahara était survolé par une compagnie aérienne qui s’appelait la ligne du Hoggar et qui desservait toutes les oasis sahariennes du grand désert algérien, nigérien et malien, ce que l’on appelait le pays touareg

Les avions de cette ligne étaient des avions à hélices, des beaux DC3, volant à basse altitude et faisant un bruit terrible en survolant ces immensités désertiques

En survolant le massif du Hoggar après son décollage de Tamanrasset il passait juste au dessus des campements touaregs et ne manquait pas à chaque passage, qui avait lieu une fois par mois, pour rejoindre la petite oasis de Djanet d’effrayer tous les troupeaux et surtout de procurer à Rhia un vieux chef nomade de la région de Idéles des interrogations sur cet étrange oiseau de fer qui traversait son ciel avec un tel vacarme, alors que les seuls oiseaux qu’il observait chaque jour en allant rassembler ses chameaux planaient au dessus de lui dans un silence que seul le désert peu procurer

Il fallait absolument que ce vieux caravanier qui n’avait jamais entendu parler d’un avion de sa vie connaisse la vraie nature de cet oiseau de fer…..

Il commença par interroger les campements voisins qui comme lui chaque mois voyaient et entendaient le passage ce grand volatile ! ! ! ! !

L’enquête fut longue, mais un jour il eut une information capitale : ce grand oiseau de fer se posait à quelques cinq cent kilomètres de son campement à coté de l’oasis de Djanet au milieu des dunes sur un grand terrain plat…le ventre de l’oiseau s’ouvrait, des hommes approchaient une échelle et du ventre apparaissait un homme tout en blanc avec une belle casquette, il descendait de l’échelle suivit d’autres personnes qui partaient en voiture, d’autres personnes montaient le long de l’échelle et l’homme en blanc grimpait le dernier, le ventre de l’oiseau se refermait ? ? ? ? ? ! ! ! ! !

Quelques minutes après l’oiseau se mettait à faire un bruit terrible en avançant de plus en plus vite sur le terrain plat au milieu des dunes et …d’un seul coup s’envolait en laissant derrière lui un immense nuage de sable et au bout d’un moment disparaissait dans le ciel du sud qui allait jusqu’au Niger. puis plus aucun bruit, l’oiseau avait disparut et ne reviendrait qu’un mois plus tard et cela pendant toute l’année.

Rhia décida après avoir rassemblé toutes ces informations, très importantes, de savoir encore plus de choses sur cet étrange oiseau de fer.

Pour cela il fallait aller à Djanet située à plus de cinq cent kilomètres de son campement.

Il lui fallait donc organiser une caravane pour rejoindre Djanet et compter environ une vingtaine de jours avant d’atteindre l’oasis et bien prévoir ses délais pour être sur place au moment de l’arrivée du grand oiseau de fer.

Préparer une caravane n’est pas une chose facile, surtout pour un tel voyage : il lui faut rassembler les meilleurs chameaux de selle et de bat, préparer la viande séchée, les dattes, la semoule, les guerbas pour les réserves d’eau, réunir les hommes de sa tribu qui l’accompagneront et avoir toutes les informations sur les points d’eau du parcours, les bons pâturages pour ses bêtes…Il ne fallait rien laisser au hasard car le voyage serait long et certainement parfois difficile car il allait aussi traverser les grands massifs dunaires de l’Erg Admer ou les vents de sable peuvent être terribles.

Quand tout lui sembla prêt il attendit et lorsqu’il entendit une nouvelle fois passer au dessus de son campement l’oiseau de fer dans un bruit de tonnerre , il décida de partir la nuit suivante pour être certain d’être au rendez vous à Djanet un mois plus tard.

Le voyage fut long et permit aussi au chef caravanier de retrouver dans d’autres campements bien éloignés du sien des membres de sa famille et d’autres chefs de tribus qu’il n’avait pas vu depuis très longtemps.

Dans chaque campement où il passait on lui demandait de rester plusieurs jours afin de pouvoir avec lui passer de longues journées à avoir des nouvelles de la région du Hoggar si éloignée, ou de lui offrir en signe de bienvenue et d’hospitalité la plus grasse des chèvres et d’écouter le soir après les trois thés « un tendé » chanté par toutes les femmes du campement…

Malgré l’insistance de ses vieux amis , Rhia était obligé de tout refuser car il avait un rendez vous qu’il ne voulait pas manquer avec l’oiseau de fer ! ! !

Vingt deux jours plus tard et comme il l’avait prévu , après avoir traversé les dunes de l’Erg Admer il voyait enfin en face de lui les belles falaises du Tassili des Ajjers et après une dernière journée de marche il arriva à l’oasis de Djanet où il installa sa caravane au milieu d’un bel oued

Après une bonne nuit de repos il partit seul à pied au petit matin pour aller à la place de marché de Djanet où il savait qu’il trouverait tous ses amis touaregs de l’oasis.

A peine arrivé il fut bien entendu accueilli par tous ceux qui ne l’avaient pas vu depuis plusieurs années et qui étonnés de le voir ici lui demandèrent ce qu’il faisait ici si tôt le matin ? ? ? ?

Ou se pose le grand oiseau de fer ? ? ? ? Telle fut sa seule réponse et question à la fois

Ses amis le regardèrent d’un air étonné, mais connaissant Rhia depuis longtemps et sa détermination de rester toujours à l’écart du monde au milieu de ses montagnes du Hoggar comprirent bien vite qu’il voulait parler de l’avion de la Compagnie du Hoggar

L’oiseau de Fer se posera dans environ six jours au sud de Djanet sur un grand terrain plat au milieu des dunes lui répondirent ses amis, tu ne peux pas te tromper tout le monde ici connaît bien l’endroit où il se pose ; tu verras une petite maison blanche, un poteau avec des fils et à coté une grande échelle avec des roues…..

Rhia regagna son campement et ordonna à ses chameliers de rassembler rapidement tous les chameaux , de charger les bagages car il devait se déplacer vers le sud de Djanet

Toute la caravane repartit vers le sud de Djanet à la recherche de cette maison blanche, du poteau et de l’escalier à roue…deux heures plus tard en haut d’une grande dune, Rhia découvrit le terrain plat pour l’oiseau, la maison , le poteau et l’escalier avec ses quatre roues…Il ne lui restait plus qu’à attendre l’arrivée de l’oiseau et il installa son campement à quelques centaines de mètres et attendit… sans quitter des yeux l’échelle.

Au bout de cinq jours d’attente alors qu’il somnolait dans le sable, il fut tiré de son repos par un bruit terrible, terrifiant, assourdissant qui l’effraya comme ses chameliers et tout son troupeau. Il vit alors passer au dessus de lui l’énorme oiseau de fer qui alla se poser quelques centaines de mètres plus loin en disparaissant au milieu d’un ouragan de sable.

Tout se passa comme on le lui avait dit : l’oiseau s’arrêta, son ventre s’ouvrit, l’échelle à roue se rapprocha, l’homme en blanc apparut ……, à ce moment là Rhia appela un de ses caravaniers et lui demanda de partir vite , très vite avec son chameau et d’aller dire à l’homme en blanc qui sortait de l’oiseau de fer qu’il était venu depuis le Hoggar spécialement pour lui et qu’il voulait absolument lui parler

Quel ne fut pas l’étonnement du pilote de voir arriver au grand galop un chameau sur la piste pour venir s’arrêter au pied de l’avion et entendre un touareg en grande tenue d’apparat lui crier : mon chef Rhia qui est parti du Hoggar depuis près d’un mois est la bas sur la dune et veut te parler ! ! ! !

Le pilote n’avait jamais entendu une telle requête et bien qu’il soit pressé de repartir accepta l’invitation et partit à pied rejoindre le chef caravanier qui l’attendait assis avec tous les membres de sa tribu autour de belles braises où se préparait le thé.

Etonné par un tel accueil et malgré le peu de temps qu’il avait , le pilote accepta l’invitation et s’assit dans le sable à coté du chef touareg.

-J’ai traversé le désert pour te parler de ton oiseau qui chaque mois passe au dessus de mon campement et effraye tous mes troupeaux, je n’ai jamais vu un oiseau comme celui là avec le ventre qui s’ouvre et des hommes et des femmes qui en descendent et qui y montent, et qui fasse autant de bruit.

-Ce n’est pas un oiseau, lui répondit le pilote, c’est un avion qui comme tes chameaux traverse le désert pour transporter des hommes et des marchandises

-Tu traverses le désert avec ton oiseau pour faire du commerce ? ? ? ?

-Oui lui répond le pilote, je viens d’Alger, je me pose à El Goléa, à In Salah, à Tamanrasset, à Djanet et là tu vois je pars pour Agadez au Niger

-Tu vas à Agadez ? ? ? ? ?

-Oui, pourquoi ? ? ? ?

-Je connais bien Agadez, tu sais, avant quand j’étais plus jeune, comme toi je partais depuis Djanet avec mon père et mes oncles en caravane pour rejoindre Agadez où nous échangions du sel et des dattes contre des tissus et d’autres produits d’Afrique et nous partions pour huit semaines de traversée….., mais toi combien de temps tu vas mettre pour rejoindre Agadez ? ? ? ? ?

-Deux heures lui répond le pilote

-Deux heures ? ? ? Deux heures ? ? ? et MOI je mettais huit semaines ! ! ! ! ! ! ! !

-Tu mets deux heures, et moi je mettais huit semaines :

MAIS ALORS ? ? ? QUE FAIS TU LE RESTE DU TEMPS ? ? ? ?